
Ticket from Lithium Sunset
Au sortir des navettes spéciales de bus menant à Werchter, un pèlerinage bien étrange dans la campagne flamande commence. Hommes et femmes, ils sont des centaines à se diriger vers un point stratégique visible au loin: un chapiteau en forme de pyramide grise. Certains dansent déjà au son de la musique qu'on entend vibrer.
Enfin, arrive le moment tant attendu. Les portes se présentent, gigantesques et étroitement surveillées. Une odeur d'urine et de frites agresse les narines. Tandis que le soleil tape, on passe le sas qui ouvre les portes du festival. Un spectacle étonnant s'offre alors.
Sur l'herbe jaunie par le soleil, le public est couché en rang d'oignons sur des essuies ou des couvertures. Quelques femmes, piercing au nombril et bikini, arborent leur bronzage estival. D'autres, plus prudents, s'enduisent de crème solaire. Des caisses frigo jonchent le sol. Sans la musique de fond qui assure la transition entre les concerts, on se croirait sur une plage à Ostende.
Si les vingt-trente ans étaient majoritaires au festival Rock Werchter, du 29 juin au 2 juillet, ce samedi, ce sont les quarante-cinquante ans qui se sont massés sur la pelouse du TW Classics. Avant le concert, plus de 50 000 tickets avaient déjà été vendus.
Le programme a de quoi ravir les plus nostalgiques, ce que confirme Alain, bob jaune publicitaire vissé sur la t?te: 'J'ai l'impression de rajeunir de 20 ans. Sting, Bryan Adams, c'est toute ma jeunesse, mes premières soirées...' Pour cette cure de jouvence, beaucoup sont venus avec des 'vieux amis'. Certains s'aspergent m?me comme des gamins avec des revolvers à eau...
A 13h, Arsenal ouvre le bal, suivi de Roxy Music qui a véritablement emballé le public. Vers 16h30, Simple Minds investit la scène. Malgré une entrée tonitruante, le public peine à décoller. La plupart des spectateurs du fond de la prairie restent assis sur leurs couvertures. Ce n'est que lorsque le tandem Charlie Burchill / Jim Kerr entonne 'Mandela Day' que le public commence à ?tre transporté. Des Anglais hurlent 'I Like It', 'Come On Baby' et Simple Minds leur répond par le seul de ses titres qui ait marché aux USA: 'Don't You (Forget About Me)'. Les applaudissements retombés, Simple Minds cède la place au présentateur du festival qui annonce que Justine Henin a perdu à Wimbledon. Un grand 'oh' de déception traverse la foule. Mais aussit?t le spectacle continue.
L'artiste suivant, Simply Red, impose un style plus instrumental, laissant une grande place aux improvisations des cuivres, ainsi qu'à des sonorités africaines. Mais il faut admettre que cela ne conquiert que le public des premiers rangs.
Le clou du spectacle est sans aucun doute Sting. A peine arrive-t-il sur scène que le public se lève comme un seul homme. Signe que l'artiste émeut, les spectateurs resteront debout tout le concert. La première chanson, 'Message In A Bottle', les décha?ne véritablement. S'ensuivent des morceaux plus intimes, comme 'Walking On The Moon', durant lesquels des couples s'enlacent. Des solos de guitare et de djembé viennent compléter le spectacle. Et, lorsqu'à 21h45, Sting quitte la scène après un 'Roxane' endiablé, il est rappelé à grands cris. Le chanteur termine sa brillante prestation en douceur avec 'Fragile'. A la fin du concert, une foule se presse déjà vers la sortie du parc, tandis que les fans de Bryan Adams se frayent un chemin jusqu'au devant de la scène.
© La Libre Belgique