Feb
18
2007

Paris, FR (Salle Pleyel)

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SHOW REVIEW

Sting célèbre sur scène à Paris son ancêtre ''songwriter'' John Dowland...

Après avoir annoncé la reformation du groupe Police, Sting s'est lancé dimanche soir à Paris dans une autre aventure excitante, une tournée européenne avec des chansons accompagnées au luth de John Dowland, traité avec bonheur en ''songwriter'' pop des années 1600.

Le public de la Salle Pleyel, première étape d'un périple de 15 dates qui mènera le chanteur britannique dans six autres pays (Suisse, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Autriche), a d'abord écouté deux morceaux interprétés en solo par le virtuose bosniaque du luth Edin Karamazov.

Puis la pop star est entrée sur scène sous les clameurs du public. D'emblée, Sting, 55 ans, s'est attaqué à un gros morceau avec 'Flow, My Tears', la plus célèbre ''lute song'' (chanson au luth) de John Dowland (1563-1626), sur laquelle planent les ombres intimidantes d'interprètes légendaires, tels le contre-ténor anglais Alfred Deller.

Après un deuxième chant ('The Lowest Trees Have Tops') plus animé, qui lui va comme un gant, Sting dit son ''honneur'' d'être à Paris ''pour fêter la musique de John Dowland''.

''Je vais parler en anglais sinon l'histoire serait plus comique qu'elle ne devrait l'être'', s'amuse Gordon Matthew Sumner, alias Sting, allusion sans doute à la mélancolie qui émane de nombreuses oeuvres de Dowland - le compositeur lui-même résuma la chose par une formule célèbre (''Semper Dowland, semper dolens'': toujours Dowland, toujours dolent) - et aux difficultés du musicien pour se faire reconnaitre dans son propre pays.

Devant un public pas forcément acquis à la cause de Dowland, Sting se fait didactique, expliquant avec une grande clarté que ce musicien catholique fêté par les rois, ducs et princes à travers l'Europe a eu du mal à se faire accepter au royaume - protestant - d'Angleterre.

Dowland, pourtant, ne ménagea pas ses efforts, comme en témoigne cette lettre d'allégeance au secrétaire à la Reine Elisabeth qu'il écrivit en 1595, et dont Sting lit à bon escient des passages entre chacun de ses ''ayres'' (chansons issues de l'air de cour).

Plus grand luthiste de son temps, Dowland fut aussi l'un des premiers chanteurs-compositeurs de l'histoire. Sting est même d'avis qu'il s'agit de ''musique pop écrite dans les années 1600'': sans chercher à imiter les chanteurs de formation classique, hors de sa portée, il aborde donc ces pages avec son style et ses moyens vocaux - limités, mais joliment ''nature'' - d'artiste rock.

Le timbre franc et la voix légèrement éraflée de l'enfant de Newcastle font merveille dans la bagatelle 'Can She Excuse My Wrongs?' où l'enjouée 'Fine Knacks For Ladies'.

Sting sait aussi émouvoir par sa fine musicalité et sa classe décontractée dans le caressant ''Come, Heavy Sleep'' - renforcé par le Stile Antico de Londres, octuor vocal soigné - ou 'Come Again', qui révèle un beau sens du mot.

Accompagné par Karamazov, le bassiste et leader de Police le rejoint parfois en empoignant son luth à la rosace en forme de labyrinthe, qui a inspiré le nom de son CD Dowland à succès 'Songs From the Labyrinth', paru sous le label classique Deutsche Grammophon à l'automne dernier.

Après une petite heure de programme, le chanteur conquiert définitivement le coeur des spectateurs avec des rappels très personnels, notamment un 'Fields of Gold' (Sting) et un 'Message in A Bottle' (Police) inouïs, nimbés du mystère propre au luth.

La tournée Dowland de Sting, pour laquelle le confort acoustique des auditoriums symphoniques a été préféré à l'immensité des stades, le mènera à Bâle (lundi), Florence (mercredi), Rome (jeudi), Milan (vendredi), Munich (25 février), Francfort (27), Hambourg (28), Amsterdam (1er mars), Anvers (3), Berlin (5), Dusseldorf (7), Vienne (8 et 10) et Stuttgart (12).

(c) 2007 AFP

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